Ainsi donc, d'après Séglène Royal, l'élection de Sarkozy conduirait à des violences dans le pays. Intéressant...
En quoi ceci serait-il un argument pertinent dans un régime démocratique? Est-il possible d'accepter que l'élection de l'un des deux candidats conduise à des contestations violentes? Pourrait-on vraiment considérer ces manifestations comme légitimes, justes et respectueuses des règles du jeu dans une démocratie républicaine? Comment envisager que le résultat des urnes puisse être remis en cause par la rue? Où est la démocratie et le progrès dans cela? Je suis stupéfait par la piètre qualité de l'argumentation de la candidate Royal en ces dernières heures de campagne. Elle adopte la tactique de la peur, approche caractérisant traditionnellement les forces du conservatisme et non celles du progrès et du mouvement. Accepterait-elle donc d'être une Présidente propulsée par l'alliance de toutes les peurs plutôt que par l'aspiration à une France ouverte, innovante et libre? Je suis vraiment scandalisé par cet argument. Quel est donc le message? Serait-ce "moi ou le chaos"? C'est précisément ce type d'argument que la gauche progressiste a combattu dans le passé. Pourquoi les adopter aujourd'hui? La tactique de ces dernières heures de campagne est catastrophique. Si Ségolène Royal dépasse les 45% de suffrages exprimés elle devra considérer qu'elle s'en sort à bon compte. J'aurais préféré un discours proche de ce que disait Delors hier lors du meeting de Lille... J'aurais, à vrai dire, préféré une approche du PS plus proche de celle de Bill Clinton aux US dans les années 1990. Peut-être est-il vraiment temps d'avoir un grand parti social-démocrate moderne ou un grand parti démocrate en France? Car il va sans dire que l'échec probable de Ségolène Royal conduira à des contorsions particulièrement douloureuses au sein du PS, avec l'aile gauche qui ira dire qu'on n'aura pas assez défendu les positions traditionnelles de la gauche alors même que l'on sait qu'une grosse faiblesse du programme socialiste aura été de considérer que l'action publique peut aujourd'hui inverser les tendances lourdes de notre époque. Irréaliste, un plan est aussi inapplicable et devient attaquable bien trop facilement. Après évidemment on en est réduit à de l'agressivité dans un débat et à des arguments particulièrement contestables dans une République apaisée. La conséquence immédiate étant bien sûr que les Français ressentent comme une tragique dissonance entre la promesse d'un pays réconcilié, apaisé et créateur et la regrettable rhétorique de la peur accompagnée des envolées lyriques aussi délirantes qu'inadaptées. Et Dieu sait combien je suis réservé par rapport au probable gagnant de cette élection présidentielle! Y-aura-t-il un pilote fiable dans l'avion France lundi prochain?








